Quelles sont les races de chien les plus intelligentes ?
Le classement le plus cité mesure une chose précise : la vitesse d'apprentissage d'un ordre nouveau et le taux d'obéissance au premier commandement. Ce n'est pas toute l'intelligence, et ce n'est pas la facilité.
La race de chien la plus intelligente est, selon le classement le plus cité, le Border Collie, suivi du Caniche et du Berger Allemand. Cette réponse mérite immédiatement une nuance : le classement en question ne mesure pas l'intelligence en général, mais la vitesse à laquelle un chien assimile un ordre nouveau et sa docilité au premier commandement.
Cette page explique ce que le classement mesure, le donne intégralement, puis traite la question qui compte réellement pour un futur propriétaire : ce qu'un chien très doué exige en retour.
Comment on mesure l'intelligence d'un chien
Le classement de référence a été établi par le psychologue Stanley Coren dans son ouvrage The Intelligence of Dogs, publié en 1994. Il repose sur les évaluations de près de deux cents juges d'obéissance nord-américains, à qui il était demandé de noter les races selon deux critères : le nombre de répétitions nécessaires pour assimiler un ordre inédit, et le taux de réussite au premier commandement.
Trois formes d'intelligence, une seule mesurée
Coren distingue lui-même trois formes, et son classement n'en évalue qu'une.
L'intelligence instinctive : ce que le chien sait faire sans qu'on le lui apprenne, parce que la sélection l'y a préparé. Un Border Collie qui rassemble, un Terre-Neuve qui va vers l'eau, un chien de Saint-Hubert qui suit une piste vieille de plusieurs heures. Elle ne se compare pas d'une race à l'autre, puisque chacune a son métier.
L'intelligence adaptative : la capacité à résoudre seul un problème nouveau, à comprendre l'ouverture d'un portail, à tirer une conclusion d'une expérience passée. Elle varie surtout d'un individu à l'autre, y compris à l'intérieur d'une portée.
L'intelligence de travail et d'obéissance : la vitesse d'apprentissage sous direction humaine. C'est celle que le classement mesure, et c'est aussi la seule que l'on puisse évaluer de façon comparable.
Les limites du classement
Elles sont connues et l'auteur les mentionne. Le protocole repose sur des jugements d'experts, non sur des tests standardisés en laboratoire. Il favorise mécaniquement les races sélectionnées pour travailler sous les ordres d'un humain, et pénalise les races sélectionnées pour décider seules. Enfin, plusieurs races peu représentées en obéissance sportive au moment de l'enquête n'ont pas pu être classées.
La conséquence tient en une phrase : un rang élevé indique un chien qui apprend vite, pas un chien qui vous facilitera la vie.
Un chien très doué qui ne travaille pas se trouve du travail tout seul, et son choix vous plaira rarement.
Le classement des races les plus intelligentes
Voici les dix premières races de la catégorie dite des chiens les plus brillants, celle qui regroupe les races assimilant un ordre nouveau en moins de cinq répétitions et obéissant au premier commandement dans la très grande majorité des cas. Chaque fiche indique ce que la race sait faire, et ce qu'elle réclame en échange.
Dix races en tête de classement
Ordre issu des travaux de Stanley Coren sur l'intelligence de travail et d'obéissance.
01
Border Collie
Chien de conduite de troupeau, sélectionné pour travailler à distance sur signaux sifflés. Aptitude dominante : la lecture du mouvement et l'anticipation. Il exige une à deux heures d'activité mentale et physique par jour, tous les jours. Sans cela, il rassemble les enfants, poursuit les voitures ou fixe les ombres.
02
Caniche
Ancien chien de rapport à l'eau, devenu chien de compagnie sans rien perdre de ses aptitudes. Il apprend avec plaisir, retient longtemps et s'adapte à presque tous les formats de vie. Il réclame de l'occupation et un toilettage régulier ; l'ennui le rend aboyeur.
03
Berger Allemand
Polyvalence maximale : conduite, garde, recherche, assistance. Il travaille avec une motivation constante et supporte des apprentissages complexes. En retour, il demande un cadre stable, une socialisation soutenue et un exercice quotidien réel, faute de quoi sa vigilance devient de la méfiance.
04
Golden Retriever
Rapporteur de gibier à l'origine, coopératif et doux, ce qui explique sa place dans les chiens guides et d'assistance. Il apprend vite et pardonne les erreurs de manipulation. Sa contrepartie est affective : il supporte mal l'indifférence, et sa sensibilité au ton de la voix est réelle.
05
Dobermann
Chien de protection créé à la fin du dix-neuvième siècle, extrêmement rapide à l'apprentissage et très attaché à son maître. Il demande une éducation précoce, une socialisation large et une occupation soutenue. Sa puissance et sa réactivité en font un chien pour maître expérimenté.
06
Berger des Shetland
Un chien de conduite en format réduit, entre six et douze kilos, avec la vivacité du Border Collie et une sensibilité supérieure. Excellent en obéissance et en agility. Sa réserve est sonore : c'est une race qui donne facilement de la voix, y compris en appartement.
07
Labrador Retriever
Le plus accessible du classement. Sa motivation alimentaire en fait un élève facile, sa robustesse mentale lui permet d'encaisser les maladresses. Il exige une dépense physique réelle jusqu'à trois ans et une surveillance stricte des rations, une mutation du gène POMC ayant été associée dans la race à un appétit accru.
08
Épagneul nain continental
Le Papillon, deux à cinq kilos, est le seul chien de compagnie miniature de ce classement. Vif, attentif, brillant en agility malgré sa taille. Il réclame une vraie stimulation quotidienne, sans quoi il devient vocal, et sa fragilité physique impose des précautions.
09
Rottweiler
Ancien chien de bouvier puis de trait, calme, sûr de lui et très rapide à l'apprentissage. Attention, point décisif en France : le Rottweiler relève de la deuxième catégorie, inscrit ou non à un livre généalogique, avec permis de détention et obligations associées.
10
Bouvier Australien
Chien de conduite de bétail, endurant, résistant et particulièrement autonome dans le travail. Il apprend vite et développe un attachement fort à une personne. Sa contrepartie est un besoin d'exercice parmi les plus élevés du classement et une tendance à pincer les talons.
Intelligent ne veut pas dire facile
Le mécanisme est simple et parfaitement prévisible. Un chien qui apprend en cinq répétitions apprend aussi bien ce que vous vouliez lui enseigner que ce que vous ne vouliez pas. Il retient que le placard s'ouvre en tirant sur le bas de la porte, que gratter à la fenêtre fait venir quelqu'un, qu'aboyer trois fois obtient un regard. Sa vitesse d'apprentissage est neutre : elle sert votre projet ou le contredit, selon la cohérence du cadre.
Second mécanisme, plus lourd : un chien doué s'ennuie vite. Un cerveau conçu pour gérer un troupeau et laissé huit heures devant une porte fermée ne s'éteint pas. Il se cherche un métier, et le trouve toujours.
Les dérives les plus fréquentes
Le gardiennage excessif : le chien s'attribue la surveillance de la maison, aboie à chaque bruit d'escalier, gère les allées et venues des visiteurs.
La poursuite : voitures, vélos, joggeurs, enfants qui courent. Chez les races de troupeau, c'est le comportement de conduite appliqué à des cibles inadaptées, avec parfois un pincement des talons.
L'aboiement d'appel : le chien a compris qu'il obtient une réaction, et il l'utilise. C'est le comportement le plus difficile à éteindre, parce qu'il a été renforcé involontairement des centaines de fois.
Les destructions ciblées : pas le désordre aléatoire d'un chiot, mais la porte creusée, l'encadrement rongé, le canapé éventré, qui traduisent une détresse ou une frustration installée.
Les comportements répétitifs : poursuite d'ombres ou de reflets, tournis sur soi-même. Ils s'installent silencieusement et deviennent très difficiles à traiter.
La règle simple
Plus une race est douée, plus elle a besoin d'un cadre et d'une occupation quotidienne. L'intelligence n'est pas un cadeau au propriétaire, c'est un contrat, et il se signe pour douze ans.
Les races réputées têtues ne sont pas bêtes
En bas du classement d'obéissance figurent des races que l'on qualifie facilement de bornées : Lévrier Afghan, Basenji, Chow Chow, Bulldog, Basset Hound, Shiba Inu. C'est une erreur de lecture. Ces races n'ont jamais été sélectionnées pour attendre une consigne humaine, et beaucoup d'entre elles sont parmi les plus anciennes du monde canin.
Les lévriers de chasse à vue travaillaient hors de portée de voix, souvent hors de vue du chasseur. Leur métier consistait à décider seuls d'une trajectoire à cinquante kilomètres à l'heure. Un chien qui consulte son maître avant d'agir n'aurait attrapé aucune proie.
Les chiens de garde de troupeau, Montagne des Pyrénées, Berger d'Anatolie, Berger de Maremme, vivaient seuls avec les bêtes, parfois plusieurs jours sans humain. Leur travail exige d'évaluer une menace et de trancher immédiatement. L'obéissance immédiate y serait un défaut.
Les races primitives, Basenji, Shiba Inu, Akita, sont restées proches de populations canines anciennes, peu remodelées par la sélection sportive occidentale. Leur coopération avec l'humain se négocie, elle ne se présume pas.
Ces chiens résolvent des problèmes que beaucoup de races bien classées ne sauraient pas aborder. Leur intelligence adaptative est souvent excellente ; c'est leur disposition à obéir sur commande qui est faible, et ce n'est pas la même chose.
Occuper un chien intelligent au quotidien
Le point le plus utile de cette page : la dépense mentale fatigue davantage que la dépense physique, et pour un coût en temps bien moindre. Trente minutes de recherche olfactive épuisent un Border Collie plus sûrement qu'une heure de course, qui ne fait qu'améliorer sa condition physique et repousser le seuil de fatigue. Courir après un chien de troupeau pour l'user est une course perdue d'avance.
Les activités qui marchent, et le temps qu'elles prennent
La recherche olfactive à la maison, dix à quinze minutes. Cacher la ration ou quelques friandises dans plusieurs pièces, faire chercher sur ordre. Praticable tous les jours, y compris par mauvais temps.
Le travail d'obéissance court, cinq à dix minutes, deux fois par jour. Des séances brèves et régulières valent mieux qu'une heure hebdomadaire.
Les jouets distributeurs et tapis de fouille, quinze à trente minutes. Distribuer un repas sur deux de cette manière transforme une corvée quotidienne en occupation.
L'apprentissage de tours et de noms d'objets, dix minutes. Sans utilité pratique, mais très coûteux en concentration, ce qui est exactement le but.
Les activités encadrées : agility, obérythmée, pistage, mantrailing, troupeau sur troupeau école. Une à deux séances par semaine en club, avec un travail à la maison entre deux.
La balade en liberté avec reniflage libre, quarante-cinq à soixante minutes. Laisser le chien mener et sentir, plutôt que marcher au pied sur un trottoir.
Ce qui ne suffit pas
Le lancer de balle répété, le jardin laissé en libre accès, et la présence d'un second chien. Aucun des trois ne remplace un travail structuré, et le premier entretient un état d'excitation qui aggrave souvent le problème qu'il prétend résoudre.